Le mystère de l’Église

Pourquoi l’Église est-elle le Corps de Jésus-Christ ?

Pourquoi l’Église est-elle le Corps de Jésus-Christ ?

L’Église n’est pas un corps quelconque, mais le Corps de Jésus-Christ

Nous avons vu jusqu’ici, Vénérables Frères, que l’Église dans sa constitution peut être comparée à un corps ; il Nous reste à expliquer en détail pourquoi il faut l’appeler, non pas un corps quelconque, mais le Corps de Jésus-Christ. Et ceci se conclut de ce que Notre-Seigneur est le Fondateur, la Tête, le Soutien, le Sauveur de ce Corps mystique.

Au moment d’exposer brièvement comment le Christ a fondé son Corps social, la phrase de Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Léon XIII, se présente aussitôt à Notre esprit:  » L’Église, déjà conçue, et qui était sortie, pour ainsi dire, des flancs du nouvel Adam dormant sur la Croix, s’est manifestée pour la première fois aux hommes d’une manière éclatante le jour solennel de la Pentecôte (23).  » Car le divin Rédempteur commença à édifier le temple mystique de l’Église quand il livra son enseignement en prêchant ; il l’acheva quand il fut suspendu publiquement à la Croix; enfin, il en procura la manifestation et la promulgation quand il envoya visiblement l’Esprit Saint sur ses disciples.

Dans l’accomplissement de sa mission de prédicateur, il choisissait ses Apôtres, les envoyant comme lui-même avait été envoyé par le Père (24), comme docteurs, guides, agents de sainteté dans l’assemblée des fidèles; il désignait leur Chef et son Vicaire sur la terre (25) ; il leur dévoilait tout ce qu’il avait entendu de son Père (26) ; il indiquait aussi le Baptême (27) comme moyen pour les futurs croyants d’être insérés dans le Corps de l’Église. Et quand enfin il fut parvenu au soir de sa vie, il célébra la dernière Cène, durant laquelle il institua l’Eucharistie, à la fois admirable sacrifice et admirable sacrement.

Qu’il ait consommé son œuvre sur le gibet de la Croix, les témoignages ininterrompus des saints Pères en font foi, eux qui font remarquer que l’Église est née du côté du Sauveur sur la Croix comme une nouvelle Eve, mère de tous les vivants (28).  » C’est maintenant, dit saint Ambroise à propos du côté du Christ transpercé, qu’elle est fondée, maintenant qu’elle est formée, maintenant qu’elle est figurée, maintenant qu’elle est créée… C’est maintenant que la demeure spirituelle s’élève pour un sacerdoce saint (29).  » Quiconque approfondit religieusement cette vénérable doctrine pourra sans difficulté voir les raisons sur lesquelles elle s’appuie.

D’abord la mort du Rédempteur a fait succéder le Nouveau Testament à l’Ancienne Loi abolie ; c’est alors que la Loi du Christ, avec ses mystères, ses lois, ses institutions et ses rites, fut sanctionnée pour tout l’univers dans le sang de Jésus-Christ. Car tant que le divin Sauveur prêchait sur un territoire restreint – il n’avait été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (30) – la Loi et l’Évangile marchaient de concert (31) ; mais sur le gibet de sa mort il annula la loi avec ses prescriptions (32), il cloua à la Croix le  » chirographe  » de l’Ancien Testament (33), établissant une Nouvelle Alliance dans son sang répandu pour tout le genre humain (34).  » Alors, dit saint Léon le Grand en parlant de la Croix du Seigneur, le passage de la Loi à l’Évangile, de la Synagogue à l’Église, des sacrifices nombreux à la Victime unique, se produisit avec tant d’évidence qu’au moment où le Seigneur rendit l’esprit, le voile mystique qui fermait aux regards le fond du temple et son sanctuaire secret, se déchira violemment et brusquement du haut en bas (35). « 

Sur la croix, par conséquent, la Loi Ancienne est morte ; bientôt elle sera ensevelie et elle deviendra cause de mort (36), pour céder la place au Nouveau Testament, dont le Christ avait choisi les Apôtres pour ministres qualifiés (37). Grâce à la vertu de la Croix, notre Sauveur qui déjà, il est vrai, dans le sein de la Vierge était le Chef de toute la famille humaine, en exerce pleinement dans l’Église la fonction.  » Car par la victoire de la Croix, suivant l’opinion du Docteur angélique, il a mérité le pouvoir et le souverain domaine sur les peuples (38) « ; par elle il a accru à l’infini le trésor de ces grâces que, dans la gloire du ciel, il distribue sans interruption à ses membres mortels; grâce au sang répandu sur la Croix, il a fait en sorte que, une fois enlevé l’obstacle de la colère divine, toutes les grâces surnaturelles, et surtout les dons spirituels du Testament Nouveau et Éternel, pussent s’écouler du côté du Sauveur pour le salut des hommes, et en premier lieu des fidèles; sur l’arbre de la Croix enfin il s’est acquis son Église, c’est-à-dire tous les membres de son Corps mystique, qui ne peuvent être incorporés à ce Corps dans l’eau du Baptême que par la vertu salutaire de la Croix et passer ainsi sous la dépendance absolue du Christ.

Si par sa mort notre Sauveur est devenu, au sens plein du mot, la Tête de l’Église, par son sang également l’Église a été enrichie de la communication surabondante de l’Esprit, qui lui fut faite par Dieu après l’élévation du Fils de l’homme sur le gibet de souffrances et sa glorification. Car alors, comme le remarque saint Augustin (39), après la déchirure du voile du temple, il arriva que la rosée des dons du Paraclet, qui s’était posée jusque là sur la seule toison de Gédéon, à savoir le peuple d’Israël, délaissant désormais la toison desséchée, irrigua largement et abondamment la terre entière, à savoir l’Église catholique, qui n’est limitée par aucune frontière ethnique ou territoriale.

De même qu’au premier instant de l’Incarnation, le Fils du Père Éternel combla la nature humaine qu’il s’était substantiellement unie de la plénitude du Saint-Esprit, pour en faire un instrument apte de sa divinité dans l’œuvre sanglante de la Rédemption, ainsi voulut-il à l’heure de sa précieuse mort enrichir son Église de l’abondance des dons du Paraclet, pour la rendre un instrument efficace et à jamais durable du Verbe incarné dans la distribution des fruits divins de la Rédemption.

En effet, la mission dite juridique de l’Église, son pouvoir d’enseigner, de gouverner et d’administrer les sacrements, n’ont de vigueur et d’efficacité surnaturelle pour édifier le Corps du Christ que parce que le Christ sur la Croix a ouvert à son Église la source des dons divins, grâce auxquels elle peut enseigner aux hommes une doctrine infaillible, les diriger utilement par des pasteurs éclairés de Dieu et les inonder de la pluie de ses grâces surnaturelles.

Si nous considérons attentivement tous ces mystères de la Croix, nous ne trouverons plus obscures ces paroles de l’Apôtre qui enseigne aux Éphésiens que le Christ, par son sang, n’a fait qu’un peuple des Juifs et des païens, renversant… par l’immolation de sa chair… le mur mitoyen qui séparait les deux peuples; qu’il a aussi supprimé la Loi Ancienne afin que des deux il formât en lui un seul homme nouveau, à savoir l’Église, et que fondus en un seul Corps il les réconciliât tous deux avec Dieu par sa Croix (40).

Quand il eut fondé l’Église dans son sang, il la consolida le jour de la Pentecôte par une force spéciale venue du ciel. En effet, après avoir solennellement confirmé dans sa mission éminente celui qu’il avait déjà auparavant désigné comme son Vicaire, il était monté aux cieux; et assis à la droite du Père, il voulut manifester et proclamer officiellement son Épouse par la venue visible de l’Esprit Saint, accompagnée du bruit d’un vent violent et de langues de feu (41).

Comme au début de sa mission d’évangélisation, son Père Éternel l’avait manifesté par le moyen du Saint-Esprit descendant sous la forme d’une colombe et se reposant sur lui (42), de même, au moment où les Apôtres allaient commencer leur fonction sacrée de prédication, le Christ Notre-Seigneur leur envoya du ciel son Esprit qui, les touchant sous forme de langues de feu, indiquait, comme du doigt même de Dieu, la mission et la fonction surnaturelles de l’Église.

Mystici corporis Christi

Lettre encyclique
de sa Sainteté le Pape Pie XII 
sur le corps mystique de Jésus-Christ
et sur notre union en lui avec le Christ

29 juin 1943

http://w2.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_29061943_mystici-corporis-christi.html

 

(23) Léon XIII, Lettre encyclique Divinum illud du 9 mai 1897. ASS XXIX (1897) 649. Cf. SVS n. 9.

(24) Cf saint Jean XVII 18. 

(25) Cf. saint Matthieu XVI, 18-19. 

(26) Cf. saint Jean XV, 15 ; XVII, 8 et 14. 

(27) Cf. saint Jean III, 5.

(28) Cf. Genèse. III, 20. 

(29) Saint Ambroise, In Lucam II, 87. PL 15, 1585.

(30) Cf. saint Matthieu XV, 24. 

(31) Cf. saint Thomas, Somme théol. I-II, q. 103, art. 3 ad 2. 

(32) Cf. Éphésiens II, 15. 

(33) Cf. Colossiens II, 14. 

(34) Cf. saint Matthieu XXVI, 28, et I Cor. XI, 25. 

(35) Saint Léon le Grand, Sermo LXVIII, 3, PL 54, 374.

(36) Cf. saint Jérôme et saint Augustin, Epist. CXII, 14 et CXVI, 16. PL 22, 924 et 943 ; saint Thomas, Somme théol. I-II, q. 103, art. 3 ad 2 ; art. 4 ad 1 ; Concile de Florence : Décret pro Iacobitis, MANSI XXXI, 1738. Denzinger n. 712. 

(37) Cf. II Corinthiens III, 6. 

(38) Saint Thomas, Somme théol. III, q. 42, art. 1.

(39) Cf. saint Augustin, De gratia Christi et peccato originali, XXV, 29. PL 44, 400.

(40) Cf. Éphésiens. II, 14-16.

(41) Cf. Actes II, 1-4.

(42) Cf. saint Luc III, 22 ; saint Marc I, 10.